Partager l'article ! Bibliothèque mon amour: Vikram Seth - Un garçon convenable Inde, 1951. Mrs Rupa Mehra, mère aimante mais quelque peu étou ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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Vikram Seth - Un garçon convenable
Inde, 1951. Mrs Rupa Mehra, mère aimante mais quelque peu étouffante, décide de marier sa petite dernière et se lance dans la recherche d'un parti acceptable. Elle va donc soliciter le ban et l'arrière-ban de ses connaissances, entraînant le lecteur dans la destinée de quatre familles et de nombreux personnages annexes. Quatre ans seulement après l'Indépendance, le jeune Etat souffre de la pesanteur de son système de castes et des troubles religieux opposant hindous et musulmans.
Totalement accrochée malgré les 1800 pages. Finalement, l'intrigue centrale autour du mariage m'importait peu, car ma totale déception quand à sa
résolution (pourquoi luiiiiii????) n'efface en rien l'excellent souvenir que me laisse ce roman-fleuve. Le plus grand intérêt est la peinture de la société indienne, de l'humble tanneur à
l'entourage du pandit Nehru, des enjeux politiques et sociaux de l'indépendance. Une excellente façon d'aborder une période de l'histoire que je connais assez peu, en entraînant le lecteur, grâce
à un découpage rapide des scènes, entre le Parlement et l'alcôve d'une courtisane. L'auteur donne à voir tous les aspects des cultures indiennes (langue et poésie ourdoue, littérature anglophone,
fêtes et rites de toutes les religions) permettant de mesurer la complexité de cette culture.
L'Inde de 1951, qui n'arrive pas à faire le deuil du colonialisme ni à se construire comme une République, est évoquée de façon si vivante que j'ai été surprise de découvrir que l'auteur n'a pas
vécu ces événements. Il dépeint un monde qui est en train de mourrir, celui des grands propriétaires terriens, sorte d'aristocratie foncière qui s'apprête à se faire dépouiller de ses biens au
profit de ceux qui les cultivent. La disparition de ce mode de vie touche aussi les quartiers de plaisirs, où les courtisanes les plus célèbres sont entretenues par les familles de
propriétaires.
En même temps, les étudiants et étudiantes veulent s'émanciper. Les filles réclament le droit de jouer au théâtre sans qu'on les tienne pour déshonorées.
Ce roman tente avec succès d'embrasser tout un monde vivant, bouillonnant, changeant. L'immersion est totale, renforcée par l'emploi de nombreux mots en hindi, heureusement traduits dans un
lexique en fin de volume. Pas d'étonnement, il est tout à fait normal au bout de quelques pages de souhaiter boire un nimbu-pani en écoutant chanter un ghazal au son de la saringua.
Et l'écriture de Vikram Seth, considéré comme l'un des plus grands auteurs indiens en langue anglaise, c'est un vrai bonheur. A la première occasion, je me plonge dans un autre de ses
romans.

Kazuo Ishiguro - Auprès de moi toujours
Fascinant et glaçant roman d'anticipation déguisé en drame psychologique.
Il est difficile d'évoquer l'intrigue sans déflorer le contenu du roman. Une chose est sûre, je ne m'attendais pas du tout à ça en lisant la quatrième de couverture.
Lu en une journée, il continue à tourner dans ma tête.

Ian McEwan - Expiation
La passion d'une jeune femme de bonne famille et de son ami d'enfance, fils de domestiques est contrariée par l'intervention de la
petite soeur de cette dernière. Sous les bonnes intentions de l'enfant se cachent des mobiles moins altruistes pour lesquels elle culpabilise. Les trois personnages se recroisent cinq ans plus
tard, alors que l'Angleterre entre dans la seconde guerre mondiale.
Un vrai bon roman anglais dans la grande tradition des auteurs du dix-neuvième siècle auxquels il fait souvent
allusion: destin, guerre, trahison et culpabilité, dans un style faussement froid. Le résumé peut paraître un peu "Harlequin", mais c'est dans la plume de l'auteur qu'est toute la différence.
Incisive, parfois cruelle mais toujours passionnante.
Coup de coeur pour la première partie évoquant avec sensualité la moiteur et la langueur de quelques journées de canicule.
Magnifiques portraits psychologiques, dont une très bonne évocation de l'adolescente qui croit un instant toucher au sublime pour se trouver puérile et ridicule la minute suivante. Chacun des
personnages est enfermé dans ses préjugés sur les autres, et croyant deviner au delà des mots, blesse ceux qu'il aime et gâche tout ou partie de sa vie. Un grand roman sur l'absence de
communication et les bonnes intentions non abouties.